Publié par Pikh.

Dans ma profonde tristesse de ne pas avoir eu le droit de déguster le zampagne rose chez Auntie Chouyo sur les coups de minuit parce qu'Uncle m'avait envoyé au lit à 21h30, j'ai failli oublier ma première obligation de ce début d'année: Participer au sujet commun du Bombay Blog le premier de chaque mois. Le fait que je publie donc cette contribution le 2 janvier est peut-être la preuve que je suis à Bombay depuis trop longtemps, puisque le temps devient extensible à souhait, et les délais de plus en plus flexibles. Mais bref, le sujet du jour est "Bombay Blues: Ce qui me manque quand je ne suis pas à Bombay."

C'est dur à dire, puisque depuis notre arrivée à Bombay il y a 6 mois, nous ne sommes sortis de la ville qu'à cinq reprises. Si j'ai donc pu avoir des brefs coups de Bombay Blues, ils ont été étouffés dans la joie découvrir un nouveau lieu, d'entendre le silence et de s'étouffer d'air pur.



Et j'avoue qu'à chaque retour à Bombay, un "Ah, on est bien de retour à Bombay" un peu déçu est sorti de nos bouches dès que les premiers klaxons et les premières bouffées d'air pollué nous ont atteint.

Mais un dicton panthérosien dit qu'on aime les villes comme on aime les humains. Et, tout comme on apprend à accepter puis à apprécier les défauts de ses proches, les vices de Bombay me sont devenus familiers. Il suffit de bien interpréter les klaxons, et on entendra un "welcome back home" chaleureux dans ce brouhaha qui pourrait sembler agressif au premier abord. Et j'aime me laisser entraîner à nouveau dans le flot de vie de cette ville si chaotique, et me sentir chez moi à nouveau.

Car quand le jour viendra de quitter Bombay pour de bon (quelque part entre fin avril et début mai de cette année, probablement), c'est là que nous connaîtrons le vrai Bombay Blues. Certes, nous aurons la joie de revoir nos proches, de retrouver les douches chaudes, l'eau potable, les plaques de cuisson normales, les goûts fromage, de pain, de vin, de chocolat, un espace public propre, un réseau de bus compréhensible, le double vitrage, etc.

Mais le joyeux bordel de Bombay me manquera, c'est sûr. La vie en Europe me semblera trop calme, trop vide, trop lente, trop régulière, trop simple.
Le confort me manquera aussi: Pouvoir aller au resto régulièrement, être invités à des monstrueux buffets dans des grands hôtels de temps en temps, se déplacer en taxi, au quotidien se faire tout livrer chez soi, faire faire son repassage, faire cirer ses chaussures, etc.
Et puis, je serai triste aussi de quitter certaines personnes ici qui sont en train de devenir des amis. Par exemple le petit gecko qui habite chez nous, et avec qui je joue toujours au cache-cache.



J'en viens à me demander si, une fois qu'on a appris à aimer un fou, on peut encore apprécier une personne normale. Mais je pense que oui. On n'oublie pas ses amours de jeunesse. La Panthérosie est et restera ma patrie bien-aimée à jamais.